Aokigahara : un comic à la sauce « Ring »
Il existe une certaine rivalité entre les lecteurs de comics et de manga... les genres ne sont pas les même, ne serait-ce qu'au niveau du style narratif et des dessins. On peut même y prêter une philosophie différente et les tentatives de l'un pour aller percer dans le domaine de l'autre sont souvent mal perçues (souvenez-vous des manga X-Men !). Toutefois, rien n'empêche d'aller raconter des histoires en "territoire ennemi". C'est le pari (remporté) par El Torres et Gabriel Hernandez qui nous livrent un magnifique récit d'horreur japonaise avec Aokigahara, la Forêt des Suicidés !
Fiche technique
AOKIGAHARA - La Forêt des Suicidés
Scénariste : El Torres
Dessinateur : Gabriel Hernandez
Couverture : Gabriel Hernandez
128 pages
Editeur : Atlantic BD
Date de sortie : 18 janvier
Prix : 11,95€
La forêt d’Aokigahara, située au pied du Mont Fuji, est célèbre de par le monde parce que ceux qui veulent se suicider y convergent. Il est dit que l’esprit des suicidés vient hanter les vies de ceux qui les ont poussé à l’acte. Quand Alan, un américain expatrié au Japon, est confronté au suicide de son ex-amie Masami, sa vie tourne au cauchemar...
Critique
Voilà un album qui plaira aux fans de Ring et autres histoires de malédictions japonaises (mais pas que) : la Forêt des Suicidés nous propulse directement dans le paradoxe du Japon, partagé entre modernité et traditions ancestrales. D'un côté, nous avons Alan, américain travaillant au Japon, enlisé dans une relation destructrice avec Masami, japonaise, qui ne supporte pas leur rupture et qui part se suicider dans la forêt d'Aokigahara. Puis, de l'autre côté, nous avons Ryoko, garde forestière, qui patrouille dans la forêt d'Aokigahara et qui se charge de rapatrier les corps des suicidés et d'apaiser leur esprit, tout en faisant face à l'ignorance de ses collègues. C'est évidemment le suicide de Miasami qui réunira tous ces protagonistes et qui nous lancera dans une enquête policière sur la série de meurtres atroces commis depuis la disparition de la jeune femme, nous faisant prendre conscience que derrière les néons flamboyants du pays du Soleil Levant persistent toujours les mythes les plus anciens !
El Torres signe là une excellente histoire qui ne plonge jamais dans du macabre ou du gore facile. Tout y est amené avec finesse et délicatesse, nous plongeant progressivement dans une tension quasiment palpable, à un point qu'il est difficile de s'extraire indemne de ces pages. Ayant très bien saisi le malaise que peut ressentir un occidental (européen ou américain) dans la société japonaise, il fait d'Alan un personnage juste et tout à fait cohérent qui pourrait être le reflet de chacun de nous. S'étant amouraché d'une jeune japonaise, il doit faire face au caractère parfois excessif de ces charmantes asiatiques qui peut s'exprimer de bien différentes façons... dans la cas de Miasami, c'est un comportement hyper-exclusif qui aura renfermé son couple sur lui-même avant l'implosion. Miasami croit donc faire cesser sa douleur par le suicide mais elle ne fait que déclencher quelque chose de bien pire en devenant un esprit vengeur. S'en suit le schéma classique de ce genre d'histoire : morts, psychose, terreur...
En parallèle, l'auteur se penche sur Ryoko, jeune japonaise aussi, beaucoup plus stable que Miasami si on omet le fait qu'elle ait développé une certaine obsession pour la forêt d'Aokigahara. Suivant les enseignements bouddhistes, elle complète son rôle de garde forestière par une mission d'exorciste afin de calmer tous les esprits égarés des suicidés. A sa manière, elle est aussi isolée qu'Alan, n'ayant aucun réel contact avec ses collègues et refusant le paternalisme de son patron. Elle fait face, seule, au monde surnaturel qui l'entoure tout en poursuivant la quête du corps et de l'esprit de son père. Elle est l'image parfaite du Japon traditionnel, agissant avec honneur et respect.
Le récit est donc parfaitement ancré dans le réel d'autant que la forêt d'Aokigahara ainsi que les gardes forestiers qui y patrouillent pour retrouver les corps ne sont pas une invention. Avec ses 35km² au pied du mont Fuji, Aokigahara est devenue une espèce de lieu de rendez-vous pour tous ceux qui veulent en finir (les statistiques font état d'une centaine de suicide par an), à cause de la publication d'une nouvelle de Seicho Matsumoto en 1959 qui la désignait comme l'endroit idéal pour mourir discrètement. Vous pouvez d'ailleurs trouver sur internet des photos du panneau que l'on voit au début de l'album.
Côté dessin, Gabriel Hernadez s'inscrit dans un style proche de celui de Ben Templesmith (30 jours de nuit) mais en beaucoup moins brouillon. Mise en page impeccable, dessin dynamique bien qu'un poil torturé, l'artiste arrive à exprimer très clairement la dureté et la violence du récit tout en évitant les scènes trop explicites. Il n'y a pas de surdose de sang ou de corps décharnés et glisse sur le non-dit comme savent si bien le faire des réalisateurs comme Hideo Nakata. L'ensemble relève d'un bel esthétisme qui n'est pas de l'estampe japonaise mais qui n'a pas à rougir devant. C'est aussi beau à lire qu'une histoire d'horreur peut l'être ! Il y a, de plus, plusieurs pages de travail en bonus qui permettent d'apprécier toute la technicité d'Hernandez.
L'éditeur a aussi ajouté, en toute fin, une preview d'un prochain album à paraître en 2013, The Veil, réalisé par le même duo artistique et qui s'annonce très prometteur !
Voici donc une nouvelle perle publiée par Atlantic BD à côté de laquelle il ne faudra certainement pas passer ce mois-ci. Aokigahara est sans doute la meilleure histoire de malédiction chinoise depuis la trilogie Ring et le film Darkwater. Le cinéaste Hideo Nakata ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il a acquis les droits d'exploitation du récit pour en faire son prochain film. Voilà de quoi (ré)alimenter votre peur des grandes forêts pendant quelques temps !









Ca semble prometteur en effet !
Par contre, avez vous des news concernant le tome 2 de Near Death qui devait sortir fin décembre selon Amazon ?
Malheureusement, la série n’a pas rencontré le succès ni aux USA ni en France. Elle a donc été annulée au bout de 11 numéros et le second tome ne verra pas le jour en VF… Il faudra se rabattre sur le TPB VO pour profiter de la fin de l’histoire !
Oh la loose, Franck m’a contaminé…