Batman #17: élucubrations d’un vieux fou
Cela faisait quelques mois qu'on en parlait et que ça devait être traumatisant mais génial: la saga de Scott Snyder sur le titre Batman mettant en scène le Joker s'annonçait bien. Il faut dire que l'auteur était en état de grâce depuis son run acclamé sur La Cour des Hiboux et que le voir jouer avec le méchant le plus célèbre de l'univers DC promettait beaucoup. Quand en plus il était accompagné du très doué Greg Capullo, on était en droit d'attendre une excellente saga vouée à devenir culte. Si les premières apparitions du Joker furent géniales au début de la saga, on est vite tombé dans une horreur grand guignol, entrecoupée de moments d'analyses de Bruce, plutôt réussis par ailleurs. Après le chapitre précédent, qui laissait notre héros en très mauvaise position, qu'en est-il ici? Chronique d'un pétard mouillé.
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Batman #17
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Scénariste : Scott Snyder
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Dessinateur : Greg Capullo
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Encreur : Jonathan Glapion
Le numéro précédent promettait un final apocalyptique. Snyder nous teasait depuis des mois son arc, promettant quelque chose de renversant, de traumatisant, d'horrible, et qui allait mener à "La Mort de la Famille". Beaucoup de belles promesses, mais qui ne mènent finalement à rien. Si le Joker avait toutes les cartes en main pour mener à terme son plan, on sent qu'il se retient de le mettre en œuvre. Le numéro promet beaucoup, joue énormément sur les attentes et les angoisses du lecteur, promet des scènes d'horreur absolue, mais se dégonfle à la suivante. Pour chaque piste lancée, Snyder lance un pétard mouillé. Son style habituellement fluide est ici surtout fait de "jumpscares", de promesses horribles, pour finalement ne pas servir à grand chose. L'histoire ne devrait pas être autant prévisible, mais elle se paie en plus le luxe d'être irréaliste. Si dans les précédents numéro, le côté "Deus Ex" du Joker pouvait amuser (même si les dentiers volants respiraient déjà le n'importe quoi), ici, il lasse, il ennuie plus qu'autre chose. Il a un plan tellement absurde et inutile qu'on reste pantois devant le dénouement du numéro. Rempli d'incohérences, le personnage qui est censé être un des plus grands de tout le genre n'est ici finalement qu'une amoureuse éconduite, qui nous promet depuis quatre numéros quelque chose de dantesque avant de ne rien faire au final.
L'horreur est omniprésente ici, et elle aurait pu mener à un très grand numéro. Pourtant, encore une fois le "Grand Guignol" prend le dessus, et dans le mauvais sens du terme. On se croirait dans le dernier Saw, entre les scènes de violence qui oscillent entre le gore et le n'importe quoi, où le personnage qui a quinze longueurs d'avance sur tout le monde. Cela pourrait ne pas être trop dérangeant si le numéro n'était pas rempli d'incohérences et de promesses non tenues. Tout le côté symbolique du lion à deux têtes n'est pas exploité, le final entre le Joker et Batman laissait espérer enfin un changement de l'éternel statu quo mais n'en fera rien, et la révélation autour de la première rencontre entre Bruce et le Joker tombe à plat, rajoutée ici sans qu'on comprenne trop pourquoi.
J'ai énormément de respect pour Snyder, mais ici il faut bien avouer qu'il m'a déçu. Il avait promis de très grandes choses pendant cet arc. En définitive, la conclusion prouve que la saga ne fera pas avancer la Bat-Family, ce qui en soi n'est pas gênant; elle montre surtout que toutes les pistes lancées s'écrasent dans un final grandiloquent et grotesque, jamais crédible, et toujours dans l'extrême. Le style de Snyder en lui-même reste bon, c'est l'histoire racontée qui ne l'est pas. En plus de n'être jamais logique, elle est aussi tellement désordonnée et absurde qu'on ne peut lui accorder le crédit qu'elle mérite. On pourrait enfin dire qu'elle est à l'image du Joker: ça aurait pu être le cas si ce dernier avait vraiment servi à quelque chose. Son plan si brillant qu'on nous a vendu pendant de nombreux numéros n'est finalement que du vent. La menace du chapitre précédent n'est pas vraie, sans qu'on comprenne trop pourquoi. L'énorme twist de ce numéro n'est aussi qu'une farce ratée. Le problème est que Snyder n'a soit pas eu les mains libres pour son final qui allait bien trop influencer les autres séries, soit il n'a pas osé aller aussi loin qu'il devrait.
Si Snyder n'a pas réussi son pari, je dois reconnaître à Capullo un très grand talent. J'ai parfois du mal avec son trait, mais son Joker est tout bonnement immonde. Son masque raccommodé est une vraie réussite, sa gestuelle, son costume, son look est affreux, c'est une grande réussite. Autrement, ses pages sont belles, énergiques, bien découpées, c'est comme toujours un plaisir de le lire. La colorisation ne gâche rien, et alterne les nuances de gris et les couleurs vives pour mettre en valeur ces magnifiques dessins.
Finalement, Death of the Family n'aura été qu'une scène de théâtre, propice aux élucubrations d'un vieux fou. Alors que l'histoire devait être traumatisante, horrifique, et mémorable, on assiste à un remake raté de Saw. Capullo fait ce qu'il peut pour sauver ces pages, mais le scénario grotesque et dégonflé n'arrive jamais à décoller. Dommage pour Snyder, qui conclut là un arc qui aurait pu devenir culte.
Je tiens enfin à remercier Noisybear qui m'a soufflé le titre de cet article, qui résume à lui tout seul mon ressenti sur ce numéro. Thanks!









D’accord à 100 % avec cette critique
Le crie pas trop fort, après le bleu ne va plus se sentir pisser !!
Ahhhhh j’avais pas vu ce message. Merci
Pas tout à fait d’accord avec tout dans cet article. La mort de la bat family est bien là (même si aucunes mort physique), une mort psychologique ! Le joker à fait fort.
Bah il n’a pas fait grand chose le Joker c’est là le truc génial de l’arc : Batman a bousillé sa famille tout seul comme un grand…
Là, où je ne suis pas d’accord avec toi Twhip, c’est qu’on en connait pas l’état de la famille justement, ça va dépendre uniquement des séries Batman & Robin, Nightwing & co et ça ne semble pas aller dans cette direction (on a vu dans le dernier Batman & Robin, un Robin peu affecté et un père aimant et tendre…).
Ensuite le problème de cette saga, c’est que l’intrigue repose sur plusieurs éléments peu clairs :
- la timeline des Bat-series dans l’univers New 52 (qu’est-ce qui est arrivé et qu’est-ce qui n’est pas arrivé)
- le caractère du jeune Bruce Wayne (le Bruce Wayne qu’on connait n’aurait jamais fait une telle bourde mais justement ça dépend du point précédent… il faut que DC éclaircisse la timeline des New 52)
- le caractère de Bruce Wayne qui, tel qu’on le connait, jamais n’aurait avoué sa faute (Ou alors Batman n’est plus über-Batman)
- le caractère des autres membres de la Bat-Family, qui ont pardonné des choses tout aussi graves dans le passé. Il faut se rappeler du discours de Dick Grayson à Bruce après la mort de Jason Todd pour comprendre que la situation suggérée de « mort de la famille » est débile, Et justement en parlant de Jason Todd, il fait parti de cette famille a priori, donc en soit il a déjà pardonné à Batman le fait de l’avoir « laissé mourir » par le passé…
Il y a trop de trucs qui ne tiennent pas. Le scénario est plaisant et l’idée est bonne mais la chute est mal gérée et on a l’impression que cela ne peut pas s’appliquer à Batman…
Je ne vois pas vraiment la mort de la famille. Une dispute tout au plus, mais pas un truc aussi marquant qu’une vraie mort. Tuer un personnage aurait je pense permis de détruire la famille, là on n’a strictement rien. Ils vont en discuter sur deux numéros tout au plus, et tout redeviendra comme avant.
Et je vois pas mal d’irrégularités et d’absurdités dans le numéro. Bruce Wayne qui va volontairement se dévoiler au Joker, qui refuse d’enfin le tuer mais qui viendra chouiner dans cinq ans quand il reviendra, c’est dommage. Il aurait pu le tuer, et là provoquer une rupture dans la famille.
Concernant la continuité mentionnée par Noisybear, je n’en ai aucune idée, vu que je lis pas les autres séries. Mais j’ai cru comprendre que les auteurs n’ont pas une grande liberté avec leurs personnages, vu que tous les cinq numéros ils font parti d’un event. Et c’est triste, et DC a tort de faire ça (Marvel aussi cela dit).