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Before Watchmen, l’origine des héros

Ecrit par Sadaya le 24 janvier 2013 • 3 Commentaires    

before watchmenAvant de commencer, je souhaiterais demander l'immunité comixologique. Il y a 9 mois, Alan Moore avait déclaré, créant une scission parmi ses fans: "Si des gens veulent acheter [Before Watchmen], ils me rendraient un grand service en arrêtant d'acheter mes autres BD. Quand je pense à mon public, j'aime à croire que j'ai de la chance qu'il soit aussi intelligent et surtout doté d'une morale". Cette semaine, la curiosité m'a poussé à me procurer un exemplaire du premier numéro français de Before Watchmen (Urban Comics) en kiosque, mais la culpabilité ne m'empêchera certainement pas de continuer à lire les histoires du Wizard! Nul doute qu'avec ce numéro, le lecteur a son compte d'histoires de qualité. Avec des scénaristes comme Darwyn Cooke (Justice League - La Nouvelle Frontière; Superman - Kryptonite), Brian Azzarello (100 Bullets), J. M. Straczynski (The Twelve) et Len Wein (The Swamp Thing; créateur de Wolverine), les risques de décevoir étaient minimes. Que dire des dessinateurs? Constituée de Darwyn Cooke, Amanda Conner (Power Girl), J. G. Jones (Wanted), Andy Kubert et Joe Kubert (est-il encore nécessaire de les présenter?), Jae Lee (Namor) et John Higgins (coloriste de Watchmen), l'équipe est excellente. Mais ces préquels de Watchmen étaient-ils nécessaires? Rendent-ils hommage à la série culte? Cette "trahison" en valait-elle la peine? Je me pose encore des questions...

Minutemen: La Minute de vérité #1/6, Huit minutes (D. Cooke)

Minutemen bDans cet épisode introductif, les Minutemen entrent en scène! Personnages inspirés des héros de Charlton Comics et créés par Alan Moore et Dave Gibbons, ils furent les premiers justiciers costumés des années 40. Il s'agit donc de Capitaine Metropolis, Spectre Soyeux, le Juge Masqué, Bill Dollar, le Comédien, le Hibou, l'Homme Insecte et la Silhouette. A la fin des trois premiers chapitres de Watchmen, on découvrait des extraits de Sous le Masque, l'autobiographie du Hibou (Hollis Mason), où il racontait l'histoire de ce groupe de héros particuliers. Darwyn Cooke a bien entendu utilisé ces éléments pour construire ces six épisodes. On retrouve alors Mason, en pleine écriture, se souvenant de la grande époque des Minutemen... Un an après son entrée dans la police, il découvrait le Juge Masqué, et décidait d'endosser lui aussi un rôle de justicier. Ce fut l'Age d'or de ces héros, adulés par le public et acclamés par la presse. Eux-mêmes furent les premiers à user de leur notoriété pour gagner leur vie, comme Sally Jupiter qui prit un agent, ou Bill Dollar qui laissa une banque nationale utiliser son image.  C'est avec beaucoup d'intérêt que nous retrouvons l'Homme Insecte et la Silhouette, deux personnages qui furent très peu utilisés dans Watchmen. La mythologie des Minutemen prend ainsi forme sous la plume et le dessin du génial Darwyn Cooke. Qui d'autre que l'auteur de La Nouvelle Frontière aurait pu illustrer ce bel Age d'or ?

Spectre Soyeux #1/4, Cruels adieux (D. Cooke, A. Conner)

spectre soyeuxLaurie Jupiter est à l'honneur dans cet épisode. La fille de Sally (le premier Spectre Soyeux) est ici présentée comme une adolescente sportive et sérieuse, suivant les volontés de sa mère qui voudrait la voir reprendre le flambeau. Bien évidemment, Laurie aimerait comme toutes les jeunes filles de son âge sortir avec des amis, et elle se met à rêvasser telle une midinette quand le bellâtre du coin s'approche pour la séduire... Vivant dans l'ombre de Sally, elle se révolte quand elle apprend par la potiche de la ville des éléments graveleux sur la vie tumultueuse de sa canaille de mère. Ces bribes d'enfance et ces instants d'adolescence sont racontés avec humour et émotion, certaines scènes étant même traitées avec un décalage cher à la dessinatrice Amanda Conner, qui ravira les amateurs du genre, mais aucunement les puristes du style Gibbons. Ils apprécieront toutefois l'encadré noir final apportant une sombre sentence à la fin de l'épisode, comme ceux qui concluaient chacun des douze chapitres de Watchmen...

Le Comédien #1/6, Souriez! (B. Azzarello, J.G. Jones)

ComédienOn retrouve beaucoup plus de sérieux et de réalisme dans cet épisode, qui rend hommage à Eddie Blake. Personnage-clé de Watchmen, le Comédien évolue ici dans un contexte historique précis, puisqu'il fréquente le président Kennedy, discute avec la First Lady en sirotant un Martini et joue au football américain dans leur jardin. On retrouve un peu d'humanité chez ce personnage cynique et sans scrupules. Sympathisant de JFK, il évolue dans les hautes sphères et sert d'homme de main dans une mission visant à arrêter un vieil ennemi. L'ambiance de l'Amérique du début des années 60 est bien retranscrite, le talent de J.G. Jones y est pour beaucoup, son style réaliste servant à merveille le scénario d'Azzarello. Des touches d'humour noir transparaissent dans le récit, tout est en place pour construire une bonne histoire, dure et violente comme celles que réalise habituellement le scénariste de 100 Bullets. Une double page de combat évoque même le souvenir de la "Terrible symétrie" du cinquième chapitre de Watchmen. Et pourtant, le lecteur en attendait plus encore; le récit est lent et la fin qui se voulait pesante laisse indubitablement perplexe.

Le Hibou #1/4, Rien n'est gratuit en ce monde (J. M. Straczynski, A. et J. Kubert)

hibouÉpisode important dans l'histoire du second Hibou, Daniel Dreiberg. Enfance dans une famille dirigée d'une main de fer par un père cruel, prémices de sa fascination pour l'ornithologie et la mythologie, rencontre avec son père spirituel, Hollis Mason... Son intelligence et son inventivité vont être les clés de la réussite de ce garçon rêveur, mais déterminé à améliorer son quotidien. On retrouve aussi ses débuts en tant que justicier masqué, et sa rencontre avec les autres héros pendant la vaine réunion des Vigilants (les successeurs des Minutemen), orchestrée par Capitaine Metropolis. Ce second Hibou, personnage très complexé et au charme discret, se découvre peu à peu. Là encore, le talent du scénariste de The Twelve (série où on percevait l'influence d'Alan Moore et de Watchmen) lui a permis de créer un scénario maîtrisé, prenant et réussi. Le Hibou étant ordinairement un des héros qui m'intéressait le moins, il a été à ce moment l'un de mes coups de cœur du numéro.  Les dessins d'Andy et du regretté Joe Kubert y sont aussi pour beaucoup... A noter qu'il s'agit aussi de la première apparition de Rorschach dans Before Watchmen, qui aura quant à lui sa propre mini-série dès le troisième numéro du périodique.

 Ozymandias #1/6, Je rencontrai un voyageur... (L. Wein, J. Lee)

ozymandiasExcellente idée d'avoir confié les origines d'un tel personnage à L. Wein... Très bel épisode pour Ozymandias, l'homme le plus intelligent du monde. Date importante en ce début d'histoire, le 11 octobre 1985, soit la veille des premiers évènements marquants de Watchmen. Adrian Veidt se souvient de son enfance particulière, celle d'un enfant extraordinaire qui dévore à quatre ans les vingt-quatre volumes de l'encyclopédie de son père. Son génie est incommensurable, et inévitablement, la jalousie ainsi que les représailles ne tardent guère à le perturber. Son immense détermination ainsi que ses fascinations pour d'illustres personnages historiques l'amenèrent ainsi à forger son courage, à vivre un destin hors du commun et à voyager à travers le monde. Ses rencontres et ses choix façonnèrent l'homme exceptionnel que l'on retrouve dans Watchmen. Quelques interrogations toutefois... Alors que la première partie du récit, concernant ses jeunes années, son apprentissage et sa quête de connaissance, est un plaisir de lecture et suit les indices laissés par Alan Moore; la seconde partie, reprenant à son retour à New York, se construit en sept pages, qui sont un peu décevantes. Un personnage créé de toute pièces pour l'épisode entre dans la partie, et sa possible influence sur le destin d'Adrian Veidt paraît improbable, au vu de la mythologie et de la mégalomanie instinctive du héros. Pour en venir au dessin de Jae Lee, le seul mot qui vient à l'esprit est "divin". On touche au sublime, il était normal qu'un traitement spécial soit fait à Ozymandias, l'homme -en apparence- parfait. Même les planches sont réalisées avec beaucoup d'originalité, les courbes s'invitent à la construction des cases. Mais la perfection des illustrations est glaciale malgré leur réalisme, elle illustre à merveille ce personnage inaccessible. La beauté sombre et  superbe des pages semble annoncer le drame qui rôde sans cesse autour d'Adrian Veidt, reflétant inévitablement sa vision cruelle de l'humanité.

La Malédiction du Corsaire sanglant, Le Diable des profondeurs - Première partie (L. Wein, J. Higgins)

corsaire sanglantVous souvenez-vous de Bernard, le jeune garçon qui lisait Tales of the Black Freighter au pied du kiosque dans Watchmen? Cet épisode lui aurait plu. Fan des parutions d'EC Comics, il dévorait les histoires de ce marin qui, échoué sur une île, avait construit un monstrueux radeau avec les cadavres de ses compagnons pour retrouver sa famille. L'infortuné héros de cette nouvelle histoire est Gordon McLachlan, embarqué sur le Pendragon sous les ordres du cruel Capitaine Chane. Sa moralité le poussant à se révolter, il verra son destin basculer vers le plus horrible des cauchemars après de terribles évènements... Le fonctionnement du scénario est simple, mais c'était attendu; tout comme le dessin de J. Higgins rend hommage à ces comics sombres. Scènes hallucinées, angoisse oppressante et suspense rappellent l'histoire du marin maudit, qui court-circuitait le récit de Watchmen. Le seul problème est peut-être qu'Alan Moore utilisait justement ces moments pour construire et perfectionner son récit principal; le fait que cette partie ne soit qu'un simple hommage sans être intégrée au reste peut amener le lecteur à se désintéresser de La Malédiction du Corsaire sanglant.

 

Alors, faut-il acheter Before Watchmen? Certes, on trouvera avec ces épisodes des bonus intéressants, et les nostalgiques comme moi de ces personnages cultes apprécieront de les voir évoluer dans de nouvelles histoires, qui révèlent des éléments de leur passé (certains passages écrits sont des extraits exacts de Watchmen), ou leur font revivre des scènes-clés. La volonté d'apporter un éclairage sur des moments importants de la vie de ses héros se concrétise, et certains scénarios s'annoncent comme de véritables réussites. Pourtant, nous sommes très loin de la série Watchmen: le sérieux et le ton adulte présents dans le scénario d'Alan Moore, ainsi que son talent d'écriture, sont peu présents dans ces préquels (j'en veux pour preuve Spectre Soyeux #1, au comique presque cartoon de certains passages). Bien sûr, le but n'était pas d'égaler le niveau d'excellence de Watchmen, mais l’œuvre originale était tellement parfaite et travaillée que certains lecteurs seront forcément déçus. Néanmoins, cela n'empêchera pas ceux qui n'ont pas encore lu Watchmen de lire ces préquels, et cela leur permettra ensuite de s'attaquer aux douze chapitres de l’œuvre culte d'Alan Moore et de Dave Gibbons. Sept numéros de Before Watchmen sont prévus, il nous reste encore à découvrir les mini-séries consacrées à Dr Manhattan et Rorschach, deux des meilleurs personnages de la série. Pour ma part, je pense que je me laisserai tenter.

3 Comments

  1. Pas de commentaire sur LE gros « fail » (?) de l’histoire du comédien ?
    (censé avoir assassiné JFK dans l’oeuvre de Moore)

  2. Kevin Enhart via Facebook on 24 janvier 13, 8:40

    Alan Moore me maudira, je les suis en VO dès les début… En même temps, Alan Moore, quel gros con… :D

  3. Jeff Breitenbach via Facebook on 24 janvier 13, 8:45

    En fait, dans le comics, le Comédien dit simplement qu’il est responsable de la mort de JFK mais ne dit en aucun cas qu’il l’a tué lui-même, c’est le film qui a extrapolé cette scène ! Et je trouve que l’épisode montre très bien cet « instant d’humanité » du personnage envers sans doute la seule personne qu’il n’ait jamais aimé !

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