Et les auteurs de BD dans tout ça ?
Si les bandes dessinées nous plaisent autant, c'est en grande partie grâce à ceux qui sont derrières. Je parle du scénariste et du dessinateur, mais aussi de l'encreur, du coloriste, du lettreur et d'autres personnes, qui se relayent pour qu'un album arrive entre nos mains. Malheureusement, on ne peut pas dire qu'être créateur de BD soit un métier très gratifiant. Les stars peuvent faire rêver, mais il ne faudrait pas oublier qu'ils ont surmonté des difficultés que connaissent actuellement quantité d'artistes.
Que ce soit les délais difficiles à tenir ou la faible rémunération face à l'investissement fourni, il n'est pas simple de joindre les deux bouts. Celui qui est alors pointé du doigt, c'est l'éditeur. Pourtant, son métier n'est pas d’engranger impunément de l'argent. D'ailleurs, en quoi consiste-t-il exactement ? Il ne se réduit pas à proposer des contrats et à imprimer. Il est le maillon central d'une chaîne de fabrication, qui se met en place pour concevoir l'objet livre. Il est en relation avec l'auteur, l'illustrateur, le correcteur, l'imprimeur, le diffuseur, le distributeur... Il doit sentir le marché pour lancer son produit au bon moment afin qu'il puisse se vendre, tout en tenant compte de la concurrence.
Même s'il existe des maisons d'édition peu scrupuleuses, je trouve injuste de toutes les accuser dès que quelque chose ne va pas. Réaliser une bande dessinée, c'est un travail d'équipe. Chacun dépend les uns des autres. A ce propos, je vous invite à vous rendre sur le groupe Facebook Moi, auteur de BD, je toucherai le RSA. Vous y trouverez un résumé de Jean Louis Reiprich, qui vous expliquera facilement ce qui cloche, et ce, sans passer par des centaines de pages de textes indigestes.
Il ne faut pas se leurrer, le créateur de BD subit en premier les défaillances du système. Du coup, il paraît normal qu'il puisse au moins se rendre à des conventions pour mesurer l’impact de son œuvre. Or, à nouveau, il n'est pas aidé, en dehors des têtes d'affiche. Prenons par exemple l'Artists' Alley de la Comic Con de Paris, qui se tiendra du 5 au 8 juillet prochain. Si l'on regarde le plan, c'est un espace minuscule et à l'écart des boutiques.
Certes, il n'est pas facile de mettre en place un tel événement, mais cette séparation reste étrange. Après tout, il est possible de trouver des vendeurs n'importe où, et les festivals sont les rares occasions où les artistes rencontrent leurs fans. Malgré tout, ils viennent souvent par leurs propres moyens et payent leur emplacement. Par conséquent, le voyage doit leur permettre de gagner de l'argent. Mais comment voulez-vous qu'ils y arrivent en étant mis à part de cette façon ? Dommage pour le grand public, qui rate de belles découvertes et la chance d'avoir des dédicaces parfois plus soignées que celles des invités réclamant des prix exorbitants pour une commission.
C'est l'opportunité manquée de voir des artistes français, ce qui m'amène à aborder le "french comics". Dans l'édito du Comic Box #77, le rédacteur en chef Xavier Fournier partage son point de vue sur le terme, qui n'a pas lieu d'être selon lui. Je partage cet avis. En tout cas, je pense que l'expression a fait son temps. A ses débuts, elle a permis à des éditeurs de se lancer et d'attirer l'attention. Désormais, ils multiplient les numéros et ont une activité assez régulière. L'appellation "french comics" a ainsi tendance à les desservir, puisqu'elle reflète l'image de quelque chose d'amateur. Cependant, le vrai soucis, c'est que la notion de soutien apparaît systématiquement quand on l'utilise. On dit qu'il faut encourager parce que c'est français. Non ! Dès que j'aborde des séries de Wanga, de Phylactères ou encore d'AElement, je m'efforce de les traiter au niveau de n'importe quelle autre production, bien que ce ne soit pas toujours évident. En effet, l'étiquette "french comics" est devenue tenace.
Tout cela pour dire qu'il y a pas mal de problèmes quant à la considération des auteurs de BD, et que le milieu a besoin d'un bon coup de pied dans la fourmilière. Il n'y a pas de solutions miracles, mais certaines attitudes peuvent être suivies dès à présent, à commencer par juger les créateurs pour ce qu'ils font, et non en fonction de leur nationalité ou je ne sais quoi. Ce sera déjà un bon début pour les remercier de nous faire rêver.




