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L’apparition du code-barres : A Mad Story

Ecrit par Syc le 21 novembre 2010 • 0 Commentaire    

En quoi le code-barres peut bien être intéressant au regard des comics ? C'est justement tout le sujet de ce dossier et la réponse arrivera bien assez tôt.

Un code-barres c'est une suite de lignes verticales séparées par des espaces, leur épaisseur variant et conférant ainsi à chacune de ces barres et espaces un symbole qui mis bout à bout forme un code qui est ensuite rendu propre à un objet mis sur le commerce. On pourrait résumer en disant que le code-barres est le symbole même du mercantilisme et de la société de consommation.

Leur usage n'a pas été tout de suite général et ce n'est que lorsque les supermarchés ont débuté à les utiliser que l'on peut considérer que leur utilisation débuta à se généraliser aux alentours des années 70. Utile, il n'en est pas moins qu'il lui est nécessaire d'être visible et là survient le véritable drame pour toute l'industrie des comics. Un élément étranger viens envahir la couverture.

Une couverture comporte déjà des éléments sur elle : titre, nom des auteurs, nom de la maison d'édition, numéro, prix et parfois titre du chapitre et/ou de l'aventure. Pourtant, tout cela procède des éléments propres aux comics et leurs couvertures et ces dernières sont logiquement pensées de manière à intégrer ces éléments.

Qu'en est-il du code-barres ? Le problème du code-barres vient du fait qu'il ne peut pas être intégré comme le serait un titre ou un numéro. Et il faut ajouter qu'il prend de la place. Et si cela ne suffisait pas, il est nécessaire qu'il se situe sur un fond blanc. Chose qui brise toute harmonie dans la couverture. Certains auront donc l'idée de reporter ce code-barres au dos, brisant en général l'harmonie d'une publicité, c'est notamment le cas, par exemple, des publications d'Image Comics, ce qui pose alors seulement problème lorsque l'illustration de couverture s'étend également en quatrième de couverture.

Mais prenons, par exemple, la couverture de Thanos Imperative #02. On remarque clairement ce qui gène, si le code-barres est mis de manière à ne pas gâcher la couverture, il n'empêche pas moins qu'il la gêne et jure dans le décor d'une illustration travaillée avec soin.

Cela ne choque peut-être pas nos yeux aujourd'hui, probablement parce que notre génération a toujours côtoyé ces petites barres noires qui se suivent mais, il est évident que son apparition et l'obligation de l'apposer sur tous les comics mis en vente a du poser un certain nombre de problème et l'on voit encore, avec la couverture de ce comic publié par Marvel que le problème n'est pas nécessairement encore réglé, que la couverture n'envisage pas encore l'invasion du code-barres dans l'illustration. Mais est-il encore nécessaire d'y réfléchir ? Le code-barres est aujourd'hui ancré dans la culture et sa présence acceptée voir ignorée.

Pourtant, lors de son apparition, certains ont bien vu le problème que cette petite bande pouvait poser et ont cherché à se l'accaparer, à la fois en le rejetant mais également en l'accueillant. Et cela se passe sur les couvertures du magazine satirique Mad.

Crée en 1952 par William Gaines et Harvey Kurtzman, Mad n'est pas un comic book à proprement parlé, même s'il était publié comme tel à ses tout débuts, mais le travail effectué sur la couverture est excessivement proche du travail demandé pour la couverture des comics : correspondance avec le contenu (encore que la chose reste parfois à voir, tant pour Mad que pour les comics en général) et contrainte mensuelle. Mad ne devient un magazine en tant que tel qu'à partir du numéro 24, publié en Juillet 1955 et c'est en Avril 1978 et avec le numéro 198 que le code-barres fait son apparition, de manière plutôt voyante, sur la couverture du magazine.

Le code-barres gigantesque en plein milieu de la page et un message est clair : « Hope this jams every computer in the country for forcing us to deface our covers with this yecchy UPC symbol from now on ». (En espérant que cela foute en l'air tout les ordinateur du pays pour nous forcer à défigurer nos couvertures avec ce symbole UPC yecchy(*1) à partir de maintenant.) Par cette phrase et la flèche conduisant au code-barres « officiel » et fonctionnel, il est réalisé un rejet et une acceptation de l'objet tout en expliquant clairement ce que cela créée pour la couverture.

Car si la volonté affichée, mais forcément inopérante, de mettre en rade les ordinateurs, le but est avant tout d'afficher l'objet du délit et ensuite de le pointer du doigt sous sa véritable forme. « Regardez ce que l'on nous impose! » est, d'une certaine manière, exclamé. Pourtant, ce même symbole à la fois d'oppression et de défiguration fait la couverture et sert de véhicule à l'humour de la situation.

Mais, agrandir le code-barres n'est-il pas non plus un moyen de défigurer la couverture ? En agrandissant à l'excès, le code-barres réel n'est-il pas minoré et ainsi introduit en tant qu'élément à part entière de la couverture? Tout en la défigurant. Car elle redouble le code-barres déjà présent et le montre tel qu'il est : comme un élément perturbateur.

Mais, ce traitement n'est applicable que pour cette couverture et pas les autres. Le problème reste donc le même et la question toujours sans réponse. Réponse donnée avec le numéro suivant ainsi que dans les numéros suivants : l'utiliser comme moyen humoristique indépendant de la couverture.

Dès juin 1978, une main pointant du doigt, de la manière la plus ostensible qui soit, le code-barre apparaît sur la couverture du numéro 199. A ces côtés, une phrase : « Exclusive : FBI releases Bionic Man's Fingerprints » autrement dit : Exclusif : le FBI révèle les empreintes digitales de l'Homme Bionique, comprenez l'Homme qui valait trois milliards, joué par Lee Major dans la série du même nom.

L'humour n'est pas le meilleur, mais il fonctionne tout de même jusqu'à un certain point. Les gags des numéros suivant seront meilleurs, par exemple :

« Can you draw Me ? If you can you may have a great carrer ahead of you ! » : Peux-tu me dessiner ? Si tu y arrives, une grande carrière peux s'ouvrir devant toi ! (numéro 200)

Et, ma préférée : « Scientific Breacktrough ! Hitler's moustach cloned ! » : Percée scientifique ! La moustache d'Hitler clonée. (numéro 204) qui laisse également sous-entendre un caractère fasciste du code-barres. D'une certaine manière, ne sont-ce pas les nazis qui ont inventé le code-barres en marquant tout leurs prisonniers des camps de concentration ? Entre une victime de l'une des plus grande tragédie de l'histoire et le code-barre d'un magazine, il y a un écart gigantesque que je ne franchirais pas. Toutefois on peut comprendre l'inquiétude sous-jacente de certaines personnes percevant cette petite chose qu'est le code-barres comme une sorte d'ingérence dans leur vie.

Il faut bien comprendre ce que représente l'apparition du code-barres : le fichage de tout les produits mercantiles dans une base de donnée. De plus, un mythe apparut rapidement qui prétendait que les codes-barres cachait le nombre 666, le chiffre de la bête. Certains y voyaient par son travers l'accomplissement d'une prophétie de l'Apocalypse de saint Jean disant que rien ne pourra être vendu ni acheté sans porter le nom du diable ou son chiffre.

C'est une extrapolation un peu osée, peut-être notamment du fait que la chose est loin d'être véritablement explicite, mais cette couverture est à mon sens, une matérialisation de ces craintes.

Et puis, à côté de cela, il y a l'autre solution qui consiste à intégrer le code-barres à l'illustration de couverture. Si certaines se présentent plus comme une solution de fortune ne sachant trop où mettre le code-barre. Je pointe ici du doigt le numéro 320 de Juillet 1993, les autres, et surtout la première, se présentent comme une réel appropriation de l'élément. En effet, ici, le code-barres ne trouve pas réellement sa place à mon sens. Élément très rigide et préformaté, sa disposition oblique n'a pour résultat que de le faire remarque un peu plus. Entouré de nombreux graffiti « fait main » réalisé par Alfred (la mascotte de Mad), le code-barres se présente encore plus comme un élément extérieur et étranger qu'il ne colle pas au mur mais à la couverture.

Regardons donc plutôt ces trois autres couvertures :

Tout d'abord, la première à intégrer véritablement le code-barres comme un élément graphique de la couverture est la couverture du numéro 210 datant d'Octobre 1979 et réalisée par Sergio Aragones.

On nous présente ici un Alfred E. Neuman, tondant la pelouse. Mais une pelouse particulière constituée de codes-barres tous, a priori, identiques à celui qui n'a pas encore été « tondu » à savoir celui servant de code-barre fonctionnel. Mais ici, le code-barres agit bel et bien à la fois comme objet graphique mais aussi comme objet fonctionnel. Pas besoin d'être un singe savant pour comprendre que ce dernier code-barres va finir par tomber dans un monde de fiction que le lecteur s'imagine. La couverture est très simple et épurée de tout autre élément que les codes-barres tondus, Alfred, sa tondeuse et les deux codes-barres restants, celui qu'il tond et qu'il va tondre. Rien d'autre et pourtant le code-barres, pour la première fois, ne se présente pas comme un élément étranger mais bel et bien comme un élément nécessaire de cette couverture. Enlevé ce petit rectangle rayé et, contrairement à toutes les autres couvertures présentées précédemment, la couverture perd tout son sens. C'est un cas unique dans toutes les couvertures de Mad car si les suivantes, intégrants le code-barres comme élément graphique, s'en rapprochent, il n'empêche pas moins qu'elles restent indépendantes du code-barre qui vient s'intégrer à la couverture comme le pourrait tout autre élément.

C'est le cas de la couverture du numéro 263 paru en Juin 1986 en et réalisée par Richard Williams. Ici, nous avons un gros plan sur le visage d'Alfred, présenté seulement sur une moitié, et de son sourire d'ordinaire vacant d'une dent. A la place de cette dent, y a été inséré le code-barres tant envahissant. Pour justifier ce rajout, une annonce : « Never Before Revealed ! A Close-Up Photograph of Alfred E. Neuman's Missing Tooth » Nous avons donc la raison à ce rajout. Toutefois, il subsiste un problème sur cette illustration car si l'on y regarde de plus près, ce code-barres n'adopte pas complètement la forme de la dent puisque dans son niveau bas, là où la dent est sensé rejoindre la lèvre, le blanc continue et donne un aspect plus que douteux à la dent. Plutôt que du noir pour symboliser une absence ou bien l'utilisation d'une couleur chaire comme cela est le cas aux côtés des autres dents, l'illustrateur à rempli de blanc.

De là, deux possibilités s'offrent à nous : soit le projet original n'intégrait pas le code-barres mais, par opportunisme, ou un effet comique raté, le code-barres est venu remplacer « l'objet » précédent. Ou bien, il s'agit tout simplement d'une erreur. Dans tout les cas, l'effet comique s'en retrouve amoindrit du fait que l'on ne peut totalement considérer le code-barres comme une dent. Ici, on a encore une tentative d'intégration du code-barres comme élément essentiel de la couverture, mais la mayonnaise ne prend pas et il se trouve que l'effet pourrait fonctionner avec n'importe quoi d'autre ; un drapeau, une fleur ou je ne sais quel autre symbole au gré d'une imagination plus fertile.

Dans un autre genre la couverture du numéro 313 de Septembre 1992 se lance dans la même entreprise mais ici, le code-barres n'est clairement pas utilisé comme moyen humoristique. En effet, toute l'attention se porte sur la véritable action de cette illustration à savoir un mannequin de crash-test apeuré par la conduite de la mascotte de Mad, le code-barres servant de plaque d'immatriculation à la voiture que conduit Alfred. Le code-barres n'est donc pas installé en tant qu'élément comique mais en tant que détail utilisant en plus le fait que, d'une certaine manière, le code-barres représente l'immatriculation du magazine.

Le code-barres, non plus en noir sur blanc mais en noir sur rose-chair s'intègre mieux à l'image que le noir sur blanc de la couverture du numéro 263. Une intégration qui fonctionne plutôt bien et qui ferait presque passer ce code-barres inaperçue mais qui, comme pour le 263 aurait très bien pu être autre chose comme une petite phrase humoristique crée à partir de numéros et de lettres.

Que dire donc de l'apparition du code-barres sur les couvertures ? On l'a vu dès le début, les codes-barres sont toujours un élément perturbateur et étranger sur les couvertures de comics qui en « gâche », d'une certaine manière, l'illustration. La solution qu'utilise Image Comics est sans doute la meilleure, préférant préserver l'intégrité de l'illustration d'un artiste ils repoussent le code-barre en quatrième de couverture où se trouve en général une publicité.

Pourquoi ne pas généraliser la chose ? Aucune idée. Mais on peut saluer l'initiative de Mad magazine d'avoir tenté de trouver une solution certes ponctuelle et plus proche de l'écopage d'une barque qui est déjà sous l'eau que d'une véritable solution à long terme.

Notes

*1 : J'ai décidé de ne pas traduire yecchy, onomatopée de dégout classique de la part d'Alfred E. Neuman et qui n'a pas, finalement, d'équivalent français véritablement satisfaisant.

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